Cancer de la vessie : 19 ans de rémission à ce jour — Katrina Williams

Le 19 novembre 1998, on m’a diagnostiqué un cancer de la vessie. Il n’y avait eu aucun signe avant-coureur. J’étais chez mon urologue pour une urétrocystoscopie et dilatation de routine. Au cours des années, mon urètre s’est rétréci, de sorte que chaque année, mon urologue pratiquait cet examen, gonflait un cathéter et procédait à un nouvel élargissement de l’urètre. Cette fois, il a inséré l’appareil et a dit : «?Oh, oh, ceci n’est pas bon.?»

Je fus dévastée. Un an auparavant, j’avais perdu mon frère en raison d’un cancer des testicules qui n’avait été diagnostiqué correctement que trop tard. Au début, le médecin avait cru à une simple infection bactérienne. Après deux mois, ils ont trouvé la tumeur lorsque le médecin a finalement commandé une échographie?; dans les 24 heures, le testicule a été enlevé. Mon frère a ensuite été envoyé à la clinique du cancer, où il a vu un spécialiste et subi un scan. Le cancer avait atteint son foie et ses ganglions lymphatiques. Il a subi trois cycles de chimiothérapie?; ils allaient aussi procéder à une transplantation de moelle osseuse, mais ont décidé que sa qualité de sa vie était plus importante, et que sa santé ne lui permettrait pas de résister à la procédure. Nous avons essayé un traitement naturel, mais rien n’a aidé et le cancer s’est rapidement étendu à son cerveau et à ses poumons.

Exactement neuf mois après son diagnostic, mon frère se suicida. Je trouvai très difficile de le perdre, mais pour les quelques minutes de contrôle dont il disposa, il les utilisa comme bon lui semblait.

J’entrai en état de choc au moment de mon diagnostic, en voyant à l’image le cancer obstruer l’entrée de mon urètre. Ces croissances me donnaient l’impression d’anémones de mer — une vision assez fascinante. L’urologue annonça qu’il s’agissait d’un cancer de la vessie et qu’il réservait une chirurgie dès que possible pour l’enlever. C’est ce que l’on fit le 1er décembre, en même temps qu’une biopsie de la vessie. Le cancer s’était propagé au travers de la paroi de l’organe. On me prescrit des examens de tomodensitométrie et des scans osseux et on m’offrit la possibilité de subir une urostomie standard ou d’aller à Vancouver voir un spécialiste de l’urostomie continente, soit la création d’une poche d’Indiana.

Le personnel du Vancouver Cancer Center a été merveilleux. Un rendez-vous a été pris avec un médecin pour le 7 janvier, et quand je l’ai vu, il a été si gentil et rassurant que j’ai eu l’impression que le cancer n’était localisé que dans ma vessie et, heureusement, j’avais raison. Ma chirurgie, soit la création de la poche d’Indiana, eut lieu le 17 février 1999, et selon mon mari, elle a duré de huit à dix heures. Ces jours-là, mon époux et meilleur ami est resté à mes côtés tous les jours de 10 heures à 21 heures, pour veiller à mes besoins.

Après dix jours, j’ai pu rentrer chez moi avec mon nouveau système. J’ai évité le sac conventionnel fixé à l’abdomen : mon urine était évacuée par un cathéter inséré du côté droit de mon ventre. La poche d’Indiana est une procédure qui utilise une partie de l’intestin pour former une «?poche?» interne reliée aux urètres?; l’urine y pénètre à partir des reins. Je couvrais mon estomac d’une serviette hygiénique coupée en deux, afin d’absorber toute fuite. Au bout d’un mois à la maison, sous l’œil vigilant de mon ami et mari, j’étais guérie. J’ai cependant eu la jambe gauche enflée et été admise à l’hôpital, mais j’ai reçu mon congé après quelques jours, sans diagnostic. L’enflure a lentement diminué d’elle-même.

Quand j’ai revu mon médecin en octobre, il a constaté qu’un de mes uretères était bloqué. Cela signifiait qu’un de mes reins était incapable d’acheminer d’urine à ma vessie et que le rein se détériorait. Après trois déplacements à Vancouver pour insérer une sonde de néphrostomie dans mon dos et drainer l’urine de mon rein gauche, chaque tentative échouant, il a été décidé que je devrais retourner à l’hôpital. Le médecin allait rattacher l’uretère à mon rein, pour lui permettre de se vider correctement.

Le 3 mars 2000, j’ai été opérée à nouveau et suis restée à l’hôpital pendant 12 jours. L’intervention a été un succès, et mon rein a lentement retrouvé ses pleines fonctions. Avec les années, j’ai bien sûr vécu les craintes habituelles de récurrence du cancer dans une autre partie de mon corps, mais je suis maintenant une survivante de 19 ans de rémission et ma vie est normale. J’aime ma vie et goûte chacune de mes journées.

Plus tard, je me suis portée volontaire auprès de la Société canadienne du cancer en visitant des patientes post-opératoires qui avaient eu un cancer de la vessie ou de l’intestin et avaient subi une urostomie. Il y a environ six ans, une dame m’a abordée dans un centre commercial et s’est présentée à nouveau?; c’était l’une des patientes à qui j’avais rendu visite. Elle m’a chaleureusement remerciée de l’espoir que je lui avais transmis. Elle vivait maintenant une existence aussi pleine que productive. Je fus très heureuse d’apprendre que je l’avais aidée de la sorte.

J’ai également formé un groupe de soutien à la stomie dans la ville où je vivais. Il est si important d’avoir de l’aide, quelqu’un qui peut s’identifier à vous et à ce que vous avez traversé. Le moindre renseignement peut s’avérer salvateur pour celles et ceux qui ont du mal à se rétablir. J’ai depuis quitté cette ville, mais on me dit que ce groupe continue d’aider d’autres personnes.

Je me considère très chanceuse de ne pas avoir eu besoin de chimiothérapie ou de radiothérapie, mais uniquement de chirurgie. Deux opérations importantes en un an mettent à mal l’organisme, mais je suis encore là pour raconter mon histoire.

Bonne chance et beaucoup d’amour et de câlins à l’ensemble des survivants. Nous sommes toutes et tous très courageux et pouvons aider beaucoup de gens avec nos récits pleins d’espoir?!